Troubles
LES TROUBLES DU LANGAGE
Les troubles spécifiques de l’évolution du langage
oral
Quatre à cinq pour cent des enfants d’une tranche d’âge
sont concernés par les troubles des apprentissages du
langage, un pour cent sont atteints de troubles sévères.
Plus concrètement, il y aurait au moins un enfant atteint
de troubles plus ou moins sévères par classe. Il est donc
impératif de favoriser le repérage et le dépistage. C’est
pourquoi, depuis 1999, les troubles du langage chez
l’enfant sont devenus une véritable question de santé
publique (cf. plan d’action interministériel rendu public
en mars 2001 qui s'articule autour de cinq axes
prioritaires : « Prévenir dès la maternelle », « Identifier
les enfants porteurs d'un trouble spécifique du langage
oral et écrit », « Prendre en charge », « Informer, former,
rechercher, évaluer », « Assurer le suivi du plan d'action
»).
Outre leurs conséquences sur la capacité de l’enfant à
communiquer, les troubles du langage peuvent constituer la
première manifestation de diverses pathologies. Ils
précèdent également les difficultés d’apprentissage
scolaire. Il existe en effet un consensus sur le fait que
les enfants présentant un trouble précoce du langage oral
ont un risque plus élevé, par rapport aux enfants dont
l’évolution langagière a été normale, de rencontrer des
difficultés dans les acquisitions scolaires, en particulier
dans l’apprentissage du langage écrit. On peut dès lors
concevoir l’utilité d’un dépistage précoce des troubles de
l’évolution du langage.
• Retard de langage et trouble de langage
L’expression retard de langage désigne des retards sur le
plan de l’expression ou de la compréhension qui entravent
la communication. Ce phénomène affecte la phrase dans sa
structure normale, l’émission de sons, le rythme de la
parole, etc.
Retards dans l’expression
- L’enfant ne dispose que de peu de mots ;
- il a des difficultés dans la prononciation, qu’il devrait
avoir acquise, de certains phonèmes, ou bien il les confond
([v] pour [b], [f] pour [s], etc.) ;
- il n’emploi pas toujours les mots avec leur valeur
reconnue ;
- il s’exprime avec un langage inintelligible.
Retards dans la compréhension
- méconnaissance de mots employés usuellement ;
- mauvaise compréhension des verbes ;
- difficulté à faire du sens à partir des énoncés perçus.
L’expression trouble du langage évoque une difficulté
éprouvée dans la formation du langage qui peut s’expliquer
par des raisons d’ordre neurologique. Ce trouble
entraîne :
- un trouble de perception auditive : les discours
perçus présentent pour ce type d’enfant un débit trop
rapide pour qu’ils puissent être compréhensibles ;
- une difficulté de généralisation : son vocabulaire
étant trop limité pour son âge, les apprentissages se font
lentement ;
- un trouble d’abstraction : l’enfant aime le concret
et ce qu’il peut manipuler.
• Les différentes manifestations
Trouble articulatoire
L'articulation est du domaine de la phonétique : on étudie
chaque son isolément. Les troubles d'articulation
intéressent l'émission phonique. Le trouble d'articulation
est une erreur permanente, systématique dans
l'exécution du mouvement qu'exige la production d'un son
quelle que soit sa position dans le mot ou dans la phrase.
Les troubles d'articulation sont causés soit par des
positions incorrectes, soit par une imprécision dans
l'exécution du mouvement, soit par une constitution
anormale des organes.
Retard simple de la parole
La parole est du domaine du mot. C'est l'étude des
combinaisons des différents éléments signifiants qui
donneront le mot. Dans l'apprentissage de la parole, on
trouve des altérations qui vont dans le sens d'une
simplification. On note par exemple des simplifications de
phonèmes en finale ou à l'intérieur d'un groupe complexe
([arbr] > [abe]), des substitutions de phonèmes
résultant d'une économie articulatoire ([trɛ̃] >
[krɛ̃]), une absence de modification de point
d'articulation d'une syllabe à l'autre ([kuto] >
[tuto]), et donc une économie des mouvements
articulatoires. Dans le cas de trouble de la parole, le mot
ne peut être reproduit dans son ensemble alors que chaque
phonème l'est séparément. Toutes ces déformations sont
normales chez l'enfant qui apprend à parler.
C'est leur persistance au-delà de 5-6 ans qui nécessitera
un traitement.
Retard simple de langage
On parle de retard simple quand il existe un décalage dans
l'élaboration du langage et la chronologie normale des
acquisitions. Dans ces cas :
- l'apparition du premier mot est tardive (après 2 ans au
lieu d'apparaître entre 10 et 18 mois)
- le mot-phrase ou l'assemblage de 2 mots apparaît vers 3
ans au lieu d'être utilisé entre 12 et 15 mois.
- les pronoms et notamment le "je" sont utilisés vers 4 ans
au lieu de 3.
- le vocabulaire est réduit.
- l'enfant n'utilise pas de phrases complexes, ne respecte
pas l'ordre des mots, utilise la troisième personne au lieu
du "je".
Du fait de ces difficultés l'informativité est mauvaise.
Toutefois, la compréhension est meilleure que l'expression.
Quand on est en présence d'un retard simple du langage,
l'évolution est spontanément favorable, et le retard est
comblé avant 6 ans. Dans le cas contraire, ces difficultés
rendent difficile l'insertion scolaire, le retentissement
se faisant sentir dans les autres secteurs d'acquisition.
Les difficultés risquent donc de s'aggraver et il faut
prévenir les difficultés scolaires ultérieures.
Dysphasie
(du grec dys, douleur, gêne, et phasis, parole :
retard importants dans la parole)
Les dysphasies correspondent à des troubles durables de
l'acquisition du langage parlé chez des enfants normalement
intelligents, sans déficit auditif, ne présentant pas de
psychopathologie (pas de trouble majeur de la personnalité)
et disposant d'un potentiel non verbal supérieur à leur
potentiel verbal. Les dysphasies de développement
constituent un trouble structurel (aspects génétiques et
neurologiques). C'est pourquoi ces troubles conduisent à
une déviance permanente de l'utilisation du code langagier.
Ils tendent à des degrés divers à persister à l’âge adulte.
Si les retards simples répondent dans la grande majorité
des cas de façon rapide et favorable à la rééducation
orthophonique, la thérapeutique des dysphasies suppose
quant à elle la mise en cohérence de multiples compétences
issues des champs de l’éducation (psychologues scolaires,
enseignants spécialisés) et de la santé (médecins,
orthophonistes et neuropsychologues). Ces troubles sont à
différencier des troubles fonctionnels qui eux, ne touchent
pas la structure même du langage et qui sont donc
réversibles, constituant uniquement un retard dans le
développement du langage.